Le blog de GERARD BOHNER
Gérard Bohner : 79 ans, ingénieur retraité du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), dernier livre : "Notre adoption : Jean-Philippe et moi".

Vue de la mobilisation du 24 octobre 2026
27 octobre 2026
La gauche divisée face au Rassemblement national
C’est un constat, dramatique, les deux principaux candidats de la gauche sont d’accord sur deux points décisifs : il est urgent de diviser la gauche, ces deux gauches sont irréconciliables.
Le premier, le meilleur sur ces orientations est Jean-Luc Mélenchon, lequel a construit une machine présidentielle remarquablement efficace, appuyée sur un programme de rupture sociale-démocrate. Raphaël Glucksmann lui emboite le pas avec entrain et détermination, en faisant de la lutte contre LFI son argument principal, avec un programme (quand il sera dévoilé) probablement plus compatible avec quelques secteurs du centre libéral.
Le programme de LFI est de rupture social-démocrate, c’est peut être étonnant pour certains lecteurs, mais soutenable. C’est en effet possible de conjuguer les deux, le programme de LFI/nouveau front populaire propose des réformes qui rompent avec le libéralisme économique de Macron et de la droite, il avance une évolution notable dans la répartition des richesses avec refonte de la grille de l’impôt sur le revenu et une taxation significative – mais pas inédite – des grandes fortunes et des successions des très très riches, il est donc de rupture ; mais c’est un programme keynésien orthodoxe qui ne remet pas en cause le capitalisme contemporain. On peut noter aussi qu’il est faible au niveau international : confus sur les évolutions souhaitées pour l’Europe, insuffisant dans la critique de l’impérialisme russe et donc le soutien à l’Ukraine, souvent brouillon sur les outre-mer notamment la Nouvelle-Calédonie, et, souvent plus marqué par un campisme anti-USA que par de l’internationalisme ou le respect du droit international.
A l’inverse les éléments connus du programme de Raphaël Glucksmann sont plus remplis de bonnes intentions que de mesures précises pouvant indiquées une rupture avec le libéralisme. La proposition d’augmenter le salaire net sans modifier le brut – c’est à dire de faire passer dans l’impôt (la TVA ?) la protection sociale – n’est pas différente de celle d’Edouard Philippe ou Gabriel Attal. Il est, à l’inverse de celui de LFI, plus conséquent sur l’Europe, l’Ukraine et l’impérialisme russe.
Un arbitre programmatique donnerait une victoire au points à celui de Jean-Luc Mélenchon nettement plus social dans les mesures nationales. Mais c’est loin d’être un KO !
Et électoralement ?
Que nous indiquent les sondages et les dynamiques de campagne ? Commençons par Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon fait nettement la course en tête de la gauche, sondages favorables, campagne dynamique, programme solide, candidat aguerri, base électorale importante dans la jeunesse et les couches sociales les plus en difficultés notamment issues de l’immigration du nord de l’Afrique. Il peut raisonnablement espérer être au second tour. Ce qui serait une élément important pour améliorer le rapport de force de la gauche face aux menaces bien réelles de victoire de la droite ou de l’extrême droite. Mais il est peu crédible pour battre la candidate du RN. Les sondages d’aujourd’hui sont sans appel, sa campagne est clivante et ne cherche pas à regrouper la gauche et encore moins la population pour le second tour ; au contraire il ne cesse de s’opposer aux autre forces de gauche, ou, ce qui est pire, de les mépriser. Il s’est, ce faisant, mis à dos une partie non négligeable de l’électorat de gauche, devenant l’homme politique le plus détesté du pays. Son « laisser faire » face aux propos et actes antisémites n’y est pas pour rien. Jean-Luc Mélenchon est donc, avec une très grande probabilité, perdant contre le FN. Quel intérêt alors de favoriser son accession au second tour ?
Juste à l’inverse, Raphaël Glucksmann est un mauvais candidat de premier tour. Début de campagne poussif et confus, programme inconsistant, le PS qui le soutient n’est pas en ordre de bataille – c’est le moins que l’on puisse remarqué – , le candidat lui-même est sans parti implanté, candidat fragile et peu à l’aise sur les questions sociales. Son seul argument, et il est sérieux, il peut battre Madame Le Pen si elle arrivait au second tour.
Donc faible avantage programmatique à JLM. De plus dans l’hypothèse où Le Pen serait élue, c’est le meilleur pour donner un bon rapport de force à la gauche et aux revendications sociales ; mais est-il bien raisonnable de parier dès aujourd’hui sur la victoire du Rassemblement national ? Alors que Glucksmann peut lui envisager de le battre ?
Au bout du compte tous ces arguments, programmatiques, électoraux, pèsent peu face à l’immense gâchis d’avoir la gauche durablement divisée par ses deux principaux candidats. Division de la gauche dramatique pour la présidentielle, qui demandera beaucoup de temps et d’énergie pour se résoudre.
Perso, je ne ferais la campagne ni de l’un ni de l’autre. Je me déterminerai à la fin de la campagne pour choisir le bulletin de vote du premier tour. Pour le second ce sera voter contre Le Pen, si elle est au second tour.
Et… le 17 octobre.
Mobilisation exceptionnelle ; des lycéens et étudiants pour leurs revendications, des salariés pour une augmentation significative des salaires et pensions, de tous contre l’extrême répression menée sur ordre du gouvernement. Les jeunes, le salariat, la population est face à un régime en bout de course qui prétend ne pas avoir de marges de manœuvre alors que la répartition es richesses au profit des plus riches et les profits des grandes entreprises n’ont jamais été aussi importants depuis plus d’un siècle. Le Président de la République porte gravement atteinte à l’état de droit dont il est constitutionnellement le garant en limitant le droit de manifestation, en freinant son exercice par une répression policière jamais vue sous la république depuis la commune de Paris.
Cette situation ne peut qu’amener la gauche à se ressaisir et cesser ses luttes internes. Déjà se soutien à LFI face aux gesticulations la menaçant d’interdiction de l’extrême droite et d’une partie de la droite et du macronisme est unanime.
La situation ouverte par le 17 octobre peut, et devrait, déboucher sur l’arrêt de ces jeux masculinistes et irresponsables des deux principaux candidats de gauche à la présidentielle. L’heure est à l’unité de la gauche, l’heure est à la riposte du syndicalisme uni. Sophie Binet a proposé de mettre à l’ordre du jour la grève, c’est effectivement la prochaine marche à franchir.
Les revendications et les luttes lycéennes et étudiantes, de la jeunesse, ont mis à l’orde du jour la répartition des richesses, la contribution significative et indispensable des richesses extrêmes et des très grandes entreprises au fonctionnement de l’état et à la protection sociale. C’est une bonne nouvelle qui va modifier le débat électoral et la mobilisation sociale. Les solutions économiques et financières existent, la réponse politique est à construire ; en construction j’espère.
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